Rétrospective de films

TRAVAIL COLLECTIF, FILM COLLECTIF, ET COLLECTIFS DE CINÉMA

Pourquoi faire un film collectif ? Pourquoi filmer des personnes qui agissent et travaillent en collectif ? Nous pensons que cela n’est possible que parce qu’un tel acte — signer un film non pas de son nom propre, mettre en partage savoir, expérience et temps dans un projet commun — est un geste éminemment politique.

Les situations de danger obligent à créer du commun, à inventer sa place dans une communauté radicale où un autre travail devient possible, un travail pour remettre en cause ce qu’un individu à lui seul ne peut pas changer. Quel geste plus politique que celui de faire un film collectif et sur un collectif ou un groupe au travail et en lutte ? Le collectif se transforme sous nos yeux en un laboratoire perpétuel où idées et projets germent comme nulle part ailleurs.
Que la pratique collective du cinéma s’inscrive dans l’histoire des années 1960 à 1980 est une évidence, et les multiples choix de cette rétrospective le montrent. Les luttes collectives apparaissaient comme une véritable réaction contre la domination exercée par l’État, contre l’atomisation au travail, l’aliénation existentielle et la séparation des gens.
Souvent, faire un film collectivement, c’est faire un film qui dans sa structure-même est plus ouvert au réel : on ressent le besoin d’inventer de nouvelles formes, moins rigides, moins linéaires et prévisibles, on travaille sur l’expérimentation, l’innovation, la recherche plastique et symbolique. L’esthétique des films que nous avons sélectionnés est une usine à ciel ouvert où nous pouvons trouver des outils en parfait état de marche : à nous de les perfectionner et d’en faire les instruments dont nous avons urgemment besoin. (Federico Rossin)