COMPÉTITION INTERNATIONALE
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LE TRAVAIL COLLECTIFAlors que les collectifs de travail sont largement menacés aujourd’hui par des politiques d’austérité qui fragilisent les structures et leur pérennité, penser la question du collectif est un enjeu politique et sociétal majeur : il y a urgence à se rassembler, à dresser des fronts communs, à imaginer d’autres manières de faire, et à comprendre ce que cette notion recouvre et représente comme source d’inspiration possible pour penser des horizons désirables.
Au fil de cette édition qui entremêlera cinéma, recherche, littérature et création artistique, nous nous interrogerons sur les multiples formes que prend le travail collectif, comme espace d’expérimentations autour de nouvelles
formes de travail en commun, devant et derrière la caméra : coopératives, autogestion, mobilisations et luttes collectives pour de meilleures conditions de travail et de vie, mais aussi co-création et œuvres collaboratives.
Côté cinéma, pour la rétrospective pensée avec la complicité de l’historien du cinéma Federico Rossin notre attention s’est portée vers des films rares et inédits, qui croisent les genres et les territoires (France, Espagne, Italie, USA, Inde, Angleterre, Mexique, Bolivie, Hongrie, etc.) et mettent en avant différentes dimensions du travail collectif : des films sur des expériences d’autogestion en France (Lip, Puisqu’on vous dit que c’est possible) ou en Espagne (Numax presenta), réalisés avec les travailleur·euses, au plus près de leurs luttes ; des films sur des grèves mémorables (mineurs du Kentucky dans Harlan County USA de Barbara Kopple, ou ouvriers du textile dans la comédie dramatique de Mario Monicelli Les Camarades), qui disent l’urgence et la difficulté de rester unis, de s’entendre sur des mots d’ordre communs, de mettre en œuvre, dans le réel, les idéaux du collectif, qui
peuvent basculer vers des formes autoritaires (La Décision de Judit Ember et Gyula Gazdag) ou des dissensions (Le Dos au mur de Jean-Pierre Thorn).
Le travail collectif nous a aussi intéressé comme manière de fabriquer les films, par des collectifs de cinéastes ou avec la contribution des personnes filmées, qui participent à l’élaboration des œuvres. Cette édition mettra ainsi à l’honneur quelques collectifs de cinéastes féministes, antiracistes,
décoloniaux, immigrés, qui se sont formés dans les années 1970 et 1980 pour faire entendre l’histoire et les voix des femmes (Vidéo Out, Colectivo Cine Mujer) des travailleurs sans papiers (Cinélutte) des jeunes de banlieue (collectif Mohamed).
Du côté de la co-création, nous rendrons hommage à deux cinéastes qui ont fait le pari de la reconstitution historique : Jorge Sanjinés, avec Le Courage du peuple, ou Peter Watkins avec La Commune.
Ici, le cinéma comme forme commune de réappropriation et de relecture de l’histoire, devient un outil pour inverser les rapports de domination et semer les graines d’une révolution à venir. Le soulèvement, et notamment de la jeunesse, est un des fils rouges de cette sélection ; se révolter collectivement contre l’ordre établi et inventer une nouvelle grammaire cinématographique, c’est ce qui traverse La Chinoise de Jean-Luc Godard, Toute une nuit sans savoir de Payal Kapadia, ou encore l’explosif Hansdworth Songs du Black Audio Film Collective, collectif étudiant né à Londres dans les années 1980 dans un contexte de montée du racisme et de violences policières.
Pour prolonger ce fil rouge, Chowra Makaremi, anthropologue, présentera son dernier livre, Résistances affectives, les politiques de l’attention face aux politiques de la cruauté, dans lequel elle explore la dimension affective de certains mouvements (Femmes, vie, liberté !, Black lives matters, etc.) et l’importance de transformer ces expériences sensibles en mécanismes de résistance.
Des collectifs féministes des années 1970, aux mouvements plus actuels, qu’elles soient à l’avant garde des luttes et des expérimentations, tout à tour cinéastes, grévistes, révoltées contre des conditions de travail injustes (Quand les femmes ont pris la colère de Soizig Chappedelaine et René Vautier), ou unies pour défendre une terre commune et se la réapproprier collectivement (Plogoff, des pierres contre des fusils de Nicole Le Garrec et Chronique de la terre volée de Marie Dault), les femmes occupent une place privilégiée dans la rétrospective et ses prolongements.
Sara Gómez, cinéaste cubaine, afro-descendante et féministe, dont nous montrions en 2020 le percutant Mi aporte, sera mise à l’honneur avec la projection exceptionnelle de son unique long métrage De cierta manera.
La programmation pensée en direction du jeune public sera cette année encore directement reliée à la thématique et proposera une sélection de films documentaires qui mettront le travail collectif à l’honneur, sous des aspects très divers : Un animal, des animaux de Nicolas Philibert, et pour les plus grands Le Balai libéré de Coline Grando et Save Our Souls de Jean-Baptiste Bonnet.
Côté recherche, des regards croisés co-organisés avec des laboratoires de l’Université de Poitiers mettront en dialogue des chercheur·euses et des cinéastes autour de questions reliées à la thématique centrale : les luttes des travailleur·euses sans papiers ; la question des collectifs au sein des luttes féministes, écologiques et syndicales ; le care et les voies de résistances face aux violences institutionnelles et aux stigmatisations ; les expériences d’autogestion en France et à l’étranger ; l’ubérisation du travail et l’isolement des travailleurs.euses, avec le film On falling de Laura Carreira, accompagné par le sociologue David Gaborieau. Une table ronde proposée par les Amis du Monde diplomatique viendra prolonger ces réflexions en s’intéressant à quelques structures basées à Poitiers, dans des milieux aussi divers que l’édition, la boulangerie, le bâtiment et au choix qu’elles ont fait de se constituer en SCOP.
Sur le versant de la création artistique, divers événements viendront croiser littérature, recherche, théâtre : une conférence performée sur le panafricanisme autour des figures de Miriam Makeba et Stokely Carmichael, en présence de la chercheuse Elara Bertho et du metteur en scène Hakim Bah. Cet événement hybride, agrémenté d’images et de sons, sera prolongé par un film d’archives rares sur le Black power pour envisager ce que ce mouvement a représenté comme foisonnement collectif à l’intersection de l’art, de la politique et d’enjeux décoloniaux. Le roman de Mariette Navarro (invitée de l’édition 2025), Palais de verre, portrait d’une employée modèle qui décide de faire un pas de côté, fera l’objet d’une mise en scène par la Cie du Veilleur à la Scène Maria Casarès. En écho aux chants de lutte qui traverseront cette édition, un concert du chœur polyphonique Aigaïl ressuscitera des chants populaires d’amour et de révolte. En partenariat avec le Lieu multiple, sur le volet de la médecine narrative et en partenariat avec le centre de psychotraumatologie du centre hospitalier Laborit, sera proposée une lecture de textes issus d’un atelier mené par l’auteur Eduardo Berti et la metteuse en scène Céline Agniel.
Sur le versant littéraire, de nombreux rendez vous rythmeront cette édition : un café littéraire, un arpentage autour de La forme-Commune de Kristin Ross et une rencontre avec Romuald Gadegbeku autour de son très beau premier roman Les Gréveuses, inspiré de la grève des femmes de l’hôtel Ibis Batignolles, qui suit les histoires de vie et de luttes de femmes employées dans un grand hôtel de la région parisienne qui découvrent l’importance du collectif pour défendre leurs droits.
De côté de la Fabrique du cinéma : une permanence de l’association NAAIS ; une projection rencontre autour de deux films tournés en Palestine et accueillis en résidence par le centre de création cinématographique Périphérie ; un atelier sur le montage d’un film ; une table ronde avec les cinéastes de la compétition ; et la projection du film lauréat de l’appel à projet avec France 3 Nouvelle Aquitaine, Malandain, quand l’amour prend corps de Raphaël Gianelli-Meriano.
Grand temps fort du festival, la compétition internationale sera cette année encore un lieu de découverte de nouveaux talents et de films inédits. Treize films qui ont retenu notre attention tant dans la pertinence des sujets choisis que par la force de leur proposition formelle. Des films qui interrogent la question du collectif et la prolongent de manière originale.
Cette édition sera traversée à de multiples endroits par le souffle de la musique et des chants de luttes. Le festival s’ouvrira avec le très beau film d’archives de Benoit Perraud Souvent l’hiver se mutine, sur les gestes, rituels et chants des paysans du Poitou, et se terminera en beauté avec Saravah de Pierre Barouh, pour revenir sur ce que la samba, et ses racines africaines, a représenté comme acte de résistance pendant la dictature brésilienne.
Les étudiant·es de l’Université de Poitiers seront encore particulièrement mobilisé·es cette année pour co-animer certaines séances ou concocter le désormais immanquable journal du festival Traversez la rue… Cette année, pour soutenir l’association, et mettre en lumière cette expérience collective, nous proposons un coffret collector comprenant les exemplaires de ces huit dernières années. Ce coffret fera l’objet d’un atelier de sérigraphie le dernier samedi du festival, n’attendez plus pour vous inscrire !
Avec une bonne dose de surprises à la clé, l’équipe vous a préparé une soirée de soutien en forme de quizz et de blind test à l’Envers du bocal, qui sera comme l’an passé le lieu central du festival, pour notre plus grand plaisir, celui de nos invités et du public. Des afters vous attendent aussi au Zinc, haut lieu des soirées festivalières et bien d’autres réjouissances encore !
Très belle édition à toutes et à tous !
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Pépites, films rares et méconnus !
Pièce de théâtre, conférence performée, concert !
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