Jusqu’au bout
Collectif Cinélutte
Cette édition met à l’honneur quelques collectifs de cinéastes féministes, antiracistes, décoloniaux, immigrés, qui se sont formés dans les années 1970 et 1980 pour faire entendre l’histoire et les voix des femmes (Vidéo Out, Colectivo Cine Mujer) des travailleurs sans papiers (Cinélutte) des jeunes de banlieue (collectif Mohamed).
En 1969, Carole Roussopoulos est licenciée par Vogue. Son ami Jean Genet lui suggère un moyen
de se libérer de tous ses patrons : la caméra portable, encore peu connue en Europe, lui permettra
de filmer sans avoir de comptes à rendre à personne. Elle achète l’un des tout premiers modèles
de caméra, le révolutionnaire Portapak de Sony. Ensemble, Carole et Paul Roussopoulos forment le
collectif Vidéo Out qui se démarque du dogmatisme militant et des reportages journalistiques. Leur travail est démocratique, en ce sens qu’il donne aux personnes opprimées (en particulier aux femmes)
le pouvoir de la parole, pour revendiquer et exprimer ce qu’elles pensent et désirent, tout en montrant
l’écart entre la parole et la réalité.
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Le Colectivo Cine Mujer était un groupe pionnier du cinéma féministe latino-américain, né au Mexique
et composé de femmes cinéastes de différents pays. Actif de 1975 à 1986, il avait pour objectif de
représenter et recueillir les voix des étudiantes, des femmes au foyer, des travailleuses du sexe,
etc, en réponse à la vision masculine qui dominait le cinéma mexicain dans les années 1970. Ses films, visionnaires, restent d’actualité, par l’importance des sujets abordés : l’avortement et le viol (Cosas de Mujeres et Rompiendo el Silencio, de Rosa Martha Fernández) ; le travail domestique (Vicios en la cocina, de Beatriz Mira) ; la prostitution (No es por gusto, de Maricarmen de Lara et Maru Tamés) ; l’éducation sexiste (Y si eres mujer… de Guadalupe Sánchez). Malgré leur importance, toutes ces œuvres ont été malmenées par la critique cinématographique (éminemment masculine) et ont été écartées de l’histoire du cinéma latino-américain.
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Le Black Audio Film Collective a été fondé en 1982 par sept étudiants de Portsmouth. De 1983 à 1998, il était basé à Dalston, dans l’est de Londres. Au cours des seize années où il a fonctionné comme un atelier d’artistes, le Black Audio Film Collective incarnait une tentative radicale de transformer l’éducation, les institutions et la représentation de l’identité afro-britannique dans le cinéma indépendant. Fondé par John Akomfrah, Reece Auguiste, Lina Gopaul, Trevor Mathison, David Lawson, Edward George et Claire Joseph, le collectif était composé de cinéastes, d’artistes sonores, d’activistes, de sociologues et de producteurs. Ils prônaient un travail horizontal et questionnaient le documentaire réaliste britannique à travers la diffusion d’images coloniales provenant d’archives. Leurs films remettaient en question l’hégémonie identitaire des années Thatcher et, sous l’influence de Stuart Hall, trouvait dans la culture populaire – en particulier le cinéma – un élément de résistance. Caractérisé par un intérêt pour la mémoire, l’histoire et l’esthétique d’avant-garde, le collectif a créé une série d’œuvres résolument expérimentales, annonçant des œuvres libres et politiquement subversives à la frontière du cinéma et de l’art contemporain. (Federico Rossin)
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Entre 1977 et 1981, des jeunes adolescents, habitant des cités d’Alfortville et de Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, se réunissent et forment le collectif Mohamed. Ensemble ils tournent trois court-métrages, Le garage, Zone immigrée et Ils ont tué Kader. Ce projet naît de leur volonté de filmer leurs propres images, de raconter par eux-mêmes leurs histoires, de produire un discours politique et de donner forme à leur révolte.
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Le collectif Cinélutte est une association issue du mouvement de Mai 1968, créée conjointement par des étudiants et des enseignants de l’IDHEC (aujourd’hui La Fémis). De 1973 à 1981, Cinélutte a produit, tourné et diffusé en marge du système sept courts et moyens métrages, inscrits dans les luttes sociales et politiques des années 1970.
(Source : Tënk)
Collectif Cinélutte
Collectif Mohamed
Chris Marker, Jean-Luc Godard, Joris Ivens, William Klein, Claude Lelouch, Alain Resnais, Agnès Varda
Vidéo Out
Colectivo Cine Mujer (María del Carmen de Lara, María Eugenia Tamés)
Black Audio Film Collective (John Akomfrah)