15e Festival international filmer le travail

9-18 février 2024, Poitiers

ÉDITO

Entre développement des nouvelles technologies, obsessions sécuritaires et injonctions à la rentabilité, comment s’exercent le contrôle et la surveillance dans le monde du travail, et sur qui ? Quels métiers, quelles pratiques, quelles dérives ? Mais aussi quelles actions menées par des collectifs qui luttent contre les pratiques illégitimes du contrôle et mènent de précieuses enquêtes ? Surveillance des frontières, contrôle des corps, concentration des médias, politiques sécuritaires, violences policières, surveillance généralisée… Autant de pistes que nous explorons cette année, en veillant à inscrire la programmation dans une perspective intersectionnelle, avec une attention particulière portée aux personnes plus systématiquement touchées par les logiques de contrôle, ainsi qu’aux stratégies qu’elles déploient pour y résister. Comme chaque année, cette thématique est abordée à travers une programmation pluridisciplinaire mêlant cinéma, recherche, littérature et création artistique.

 

Côté cinéma, notre attention s’est portée vers des films rares et inédits, aux dispositifs inventifs et aux personnages mémorables, garants de l’ordre, ou révolté·es contre celui-ci. Cette RÉTROSPECTIVE, concoctée en partie avec l’historien du cinéma Federico Rossin, croise les genres et les époques (des
années 1950 aux années 2020) et se fait le miroir d’obsessions inscrites dans des contextes et des territoires spécifiques (Allemagne, Brésil, Portugal…), tout en révélant l’intérêt porté par le cinéma, depuis ses origines, à la question de la surveillance. Au programme, des films de Alexander Kluge, Alfred Hitchcock, Kleber Mendonça Filho, Krzysztof Kieslowski, Susana de Sousa Dias, etc. ; une leçon de cinéma consacrée à Harun Farocki ; des films féministes à l’énergie frondeuse de Helke Sander et Lizzie Borden ; un film collectif longtemps censuré et réalisé par des étudiant·es qui documentent la répression violente de la place Tlatelolco à Mexico le 2 octobre 1968.

Le programme est riche aussi pour le JEUNE PUBLIC, de la maternelle au lycée, avec de belles séances de films d’animation, d’anticipation et documentaire qui viennent prolonger la thématique.

Côté recherche, des REGARDS CROISÉS co-organisés avec des laboratoires de recherche de l’Université de Poitiers mettent en dialogue des cinéastes et des chercheurs·euses autour de questions d’actualité : politique migratoire et contrôle aux frontières, condition ouvrière et surveillance du travail, formation de la police et conception de l’ordre social.

À travers des CONFÉRENCES ouvertes à toustes, le festival se fait aussi l’écho de recherches menées par des chercheurs·euses et collectifs de chercheurs·euses : Mathieu Rigouste exposera ses recherches sur le marché du contrôle, de la surveillance et de la répression ; la Quadrature du Net décryptera les logiques de fichages et de surveillance et reviendra sur les campagnes qu’elle mène
pour protéger les libertés fondamentales à l’ère numérique ; l’ONG Index, extension autonome du laboratoire d’investigation Forensic Architecture, exposera ses contre-enquêtes sur des cas de violences policières récentes. Une rencontre autour de l’ouvrage collectif Chômeurs vos papiers ! interrogera les dynamiques de contrôle qui s’appliquent aux chômeurs·euses ou qui entravent l’action de celles et ceux qui défendent les droits des travailleurs·euses.

Nepthys Zwer, historienne spécialiste de la cartographie critique, donnera une conférence sur les contre-cartes, outils de visibilisation des logiques d’oppression et des luttes menées, dans le cadre de l’EXPOSITION « Ceci n’est pas un atlas ! » que le public peut découvrir sur toute la durée du festival.

En écho à la thématique, d’autres temps de rencontres sont proposés : un CAFÉ LITTÉRAIRE surquelques grandes œuvres de la littérature dystopique, ainsi qu’un SPECTACLE en cours de création
autour d’une dystopie féministe portée par une jeune compagnie de théâtre poitevine, Rugir.

Au-delà de la thématique centrale, deux cinéastes majeurs font l’objet de temps de programmation privilégiés : le documentariste WANG BING, qui tisse à travers ses films un autre récit de la Chine contemporaine, sera l’invité d’honneur du festival et viendra présenter ses deux derniers films, Man in Black et Jeunesse. En partenariat avec l’Institut des Afriques, nous rendrons hommage au cinéaste et romancier SEMBÈNE OUSMANE, à l’occasion du centenaire de sa naissance et de la réédition de son premier roman Le Docker noir. Une invitation à traverser son œuvre littéraire et cinématographique avec la projection de trois de ses films : La Noire de…, Moolaadé et Le Mandat.

Deux films « coup de cœur » seront montrés en SÉANCES SPÉCIALES : retour sur une expérience d’autogestion portée par des travailleuses de la sous-traitance avec Le Balai libéré de Coline Grando ; Un printemps de square, premier film inédit de Denis Gheerbrant, portrait touchant de jeunes gens qui passent leur bac dans les années 1980.

Mécano, publié aux éditions P.O.L début 2023, texte d’une grande liberté autour du métier de conducteur de train, fera l’objet d’une RENCONTRE LITTÉRAIRE en présence de son auteur, Mattia Filice. Un CONCERT du duo syro-libanais Bedouin Burger, composé de la chanteuse Lynn Adib et du musicien Zeid Hamdan, fusion novatrice entre musique bédouine et électro contemporaine, sera une autre belle invitation au voyage.

Grand temps fort du festival, la COMPÉTITION INTERNATIONALE est encore cette année un lieu de découverte de nouveaux talents. Cette année, quinze films documentaires inédits, sur des sujets d’actualité et dont les propositions formelles ont retenu notre attention, seront présentés par leurs réalisateurs et réalisatrices.

Des rencontres autour de la fabrique du cinéma sont proposées, TABLE RONDE avec les cinéastes de la compétition, MASTERCLASS en présence du cinéaste et chercheur Vadim Dumesh, autour de son dernier film La Base, mais aussi des projections en AVANT-PREMIÈRES ainsi qu’une séance d’ÉCOUTE SONORE.

Les étudiantes de l’université de Poitiers encore particulièrement mobilisé·es cette année vous proposerons quotidiennement le désormais immanquable JOURNAL DU FESTIVAL, Traversez la rue…, tandis que celles et ceux en première année du Créadoc couvriront la compétition à travers une RADIO mise en place pour l’occasion, sur les antennes de Pulsar.

Cette édition sera traversée à de multiples endroits par le souffle de la jeunesse. Une jeunesse qui réfléchit, agit, résiste et se met en mouvement contre un ordre du monde qui lui est bien souvent contraire. Le festival s’ouvrira ainsi avec le beau film d’Alain Kassanda, Coconut Head Generation, sur la vitalité d’un ciné-club créé par des étudiant·es de l’université d’Ibadan au Nigeria, et se terminera en beauté avec Apolonia, Apolonia, portrait d’une jeune femme artiste, filmée sur treize années, qui essaie de se faire une place dans un milieu complexe, bien souvent régi par des hommes. Deux belles invitations à résister par l’art, dont le festival se fera, avec joie et fierté, l’écho.

N’oubliez pas les moments plus informels à Grenouilles Productions et les after du festival à partir de mercredi ! À bientôt sur le festival et très belle édition à toutes et tous !

Programmation